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Petite histoire de l'exploitation

Mes cuvées sont liées à des arts plastiques, avec chaque fois un travail manuel sur la matière.
Comme à Quincié plane aussi l'amour des mots et de la langue française, tant défendus par Bernard Pivot, je vous propose donc un peu d'art littéraire dans la lecture romancée de cette courte "biographie". Entre histoire, souvenirs, anecdotes, de main d'amatrice... qui espère faire transpirer son attachement et son envie d'avancer.
(Version intégrale à télécharger en bas de page)


Petite-fille et fille de vignerons et vigneronnes, j’ai participé tôt aux travaux de la vigne et en cave. Moins que mes frères, et la plupart du temps avec la fierté de contribuer à l’effort familial (un peu moins à l’adolescence, où mes parents devaient user d’arguments forts pour me convaincre…). J’ai plus régulièrement aidé aux mises en bouteilles, étiquetages et sertissages, mise en carton, préparation des courriers et des livraisons, et pendant vendanges, mais aussi aux cisaillages et aux relevages. Je me souviens de l’odeur des osiers qui étaient mis à tremper avant d’être fendus, et le bruit de la machine qui d’un bout d’osier fendait en 4. (…)

Ambiance de vendanges…

A l’heure où les raisins arrivaient à maturité, avant même que la troupe de vendangeurs n’arrive, une petite tête blonde dépassait des ceps. Point de détours pour retrouver les quelques pieds de raisins blancs perdus au milieu de ceux de gamay, autour de la maison. Les repères étaient pris, et ils sont toujours là, dans ces parcelles.

Je suis tombée dans le « paradis », breuvage semi-fermenté issu des premières presses, que j’attendais avec impatience tout comme l’arrivée des vendanges, avec l’arrivée de fidèles ou nouveaux vendangeurs. Point de tabou pour le peu d’alcool qu’il contient, mes parents me laissaient le goûter avec parcimonie. Non plus pour m’apprendre à travailler la serpette à la main, dans cette ambiance familiale, amicale et chantante. Plus jeune, c’était l’époque où j’avais droit aux chaussons aux pommes les plus fameux que je n’ai jamais re-goûtés par ailleurs. C’était aussi le plaisir de faire les devoirs, d’apprendre à lire, sur les grandes tables installées dans les garages de mes parents et de ma tante. Pendant ce temps, ma mère, ma tante et ma grand-mère s’affairaient à préparer le repas pour les 20 à 40 travailleurs affamés, et assoiffés. J’ai vu certains pendant de nombreuses années, et à l’époque les chants irlandais côtoyaient les plats et chants italiens, ou les polonais. C’était un beau méli-mélo de cultures et une véritable fête. Ca l’est toujours d’ailleurs !

(…)

Mes parents eux aussi ont grandi au milieu des vignes, dans la culture vigneronne. Ma mère à Régnié, aidant aux travaux de la vigne et des champs à mon grand-père, puis ma grand-mère.(…)

Mon père a grandit dans les coteaux de Cherves, à Quincié.(…) Il a construit son exploitation, un cuvage, a développé la vente directe aux particuliers et cavistes. Ma mère, bien qu'infirmière, a contribué aux travaux et à la gestion. Elle a pris ses congés chaque année pendant les vendanges pour accueillir la troupe de vendangeurs. Ils sont toujours à nous aider mon frère et moi, comme mon aîné horticulteur (qui, lui, est tombé dans un bac de fleurs étant petit !). Impossible de décrocher des vignes ou du contact clients!

De mon côté, j’ai été orientée par l’œnologue de l’exploitation, Annie, une des premières femmes œnologues de la région. Ont suivi 5 années d’études en biochimie, viticulture et œnologie, ponctuées de travaux saisonniers dans les vignes et en cave. (…) Ces premières années ont été l’occasion de prendre un contact plus professionnel, avec les vignes et la cave, de travailler en laboratoire, chez les négociants, et d’intégrer mes premières dégustations professionnelles.

J’ai ensuite suivi mon chemin dans diverses entreprises du Beaujolais (avec une escale à Nîmes), dans l’objectif de maîtriser au mieux les composantes techniques et économiques du vignoble et de ses vins.

Un travail qui demande beaucoup de force… de caractère, bien autant que de force physique pour laquelle la technologie trouve des solutions nombreuses (bien que parfois coûteuses). Un travail d’hommes dit-on… qui pendant de nombreuses années ont été secondés par leurs femmes qui travaillaient dans l’ombre !


Me voici à l'aube d'un nouveau projet, projet professionnel, projet de vie, à intégrer dans le quotidien d'une petite famille en construction. Ainsi il faut réfléchir, anticiper, faire preuve de créativité, de positivisme et de courage, et travailler minutieusement ces quelques parcelles et les vins qu'elles rendent.

Espérant que le nectar ainsi créé convaincra les destinataires qui y goûteront !